Kaaris : Il faut que je frappe fort !!! (INTERVIEW)

6 octobre 2013 Article lu 22 017 fois
Kaaris : Il faut que je frappe fort !!! (INTERVIEW)

13 ans de carrière, puis un morceau avec Booba qui agit comme une déflagration. Un album à suivre, «Or Noir» le 21 octobre et une attente très importante.: voici Kaaris, la révélation du rap français.

Pour ceux qui ne te connaîtraient pas encore, peux-tu retracer ton parcours?

Kaaris: Il y a encore beaucoup de gens qui ne me connaissent pas, c’est sûr et certain… Je suis un rappeur du 93, de Sevran très exactement. J’ai débuté le rap début 2000 en faisant différentes mixtapes, différentes compilations dont «Niroshima» 1 et 2. Là, je sors mon premier album, «Or Noir», le 21 octobre 2013.

Ton couplet sur le morceau «Kalash» de Booba a-t-il agit comme un accélérateur pour ta carrière?

K.: Oui, ça a été le détonateur, c’est exactement ça le mot. Mais je ne l’ai pas ressenti tout de suite. Je ne suis pas quelqu’un qui sort, je reste souvent au quartier. Ce sont ceux qui vont en boîte qui m’ont dit que le son tournait, que les gens chantaient les paroles… C’est là que j’ai commencé à comprendre. Après, je me suis dit que je devais lancer tout de suite un titre pour me servir du tremplin.

Est-ce que ce succès t’a obligé à travailler différemment?

K.: Non, non, j’ai travaillé pareil, toujours la même sauce, même si les instrus peuvent être différentes. Mais là, il fallait que je fasse un morceau dur. La seule question que je me suis posé, c’est de savoir si je devais faire un titre technique comme «Kalash», un concentré de punchlines, ou est-ce que je lançais un morceau comme «Zoo»? Je me tâtais là-dessus parce que je ne savais pas si le public allait comprendre «Zoo», un morceau où il y a beaucoup d’écarts entre les phrases et où, finalement, elles sont peu nombreuses.

Booba a-t-il une influence dans ce que tu fais aujourd’hui?

K.: Pas sur ma musique parce que j’ai toujours fait ça. Par contre, oui, il a eu une influence sur l’album, il nous a donné deux-trois tuyaux, il a aussi choisi quelques instrus avec moi. Sur l’album, il est présent parce qu’il a travaillé avec nous, mais au niveau du rap, je fais tout tout seul.

On ressent pourtant des similitudes entre vos deux styles…

K.: Elles existent parce que ce que l’on fait est peut-être un peu plus «cainri» que les autres. On est différent dans notre approche du rap, dans l’attitude, dans la manière de ramener des clips. Et puis, on est assez hardcore aussi tous les deux.

Depuis la «détonation», «Or noir», ton premier album est très attendu. Cela a-t-il modifié quelque chose dans ton approche artistique?

K. : Non. Pour moi, et je ne parle que de moi, c’est une grosse erreur à ne surtout pas faire. Les gens ont écouté ce que j’ai fait sur «Kalash», quelques-uns ont été se renseigner ce que j’ai fait avant, notamment la mixtape «Z.E.R.O». Mais moi, je reste sur ce que je fais: mon rap, c’est le rap hardcore. Je ne vais pas essayer de chanter, je ne vais pas commencer à faire la chanteuse pour toucher les petits, je n’en ai rien à foutre… Quand je fais un morceau, je le fais d’abord pour moi puis pour mes proches et ensuite pour ceux qui rappent, pour les terrasser… Et si le public suit tant mieux. Ça va faire 15 piges que je rappe, il ne suivait pas au début, il suit maintenant, il ne suivra peut-être plus demain, je n’en ai rien foute, je continue ma sauce, c’est comme ça…

Tout le disque est produit par Therapy Music (2093 et 2031, Ndlr), qu’est-ce qui te parle chez eux ?

K. Tout! Au niveau de la musique, j’aime la sonorité et l’ambiance. Ils font à la musique ce que je fais au pe-rap, je pense. C’est pour cela que l’alchimie est bonne entre nous. Ils ont toujours fait de la musique sombre. Sur tous les projets où ils sont présents, ils sont sombres. Je suis sombre, on est opaque et hardcore, c’est ça la Therapy Music… Entre nous, c’est comme on l’a dit, «jusqu’à ce que Dieu nous sépare».

Leur rôle va-t-il plus loin que les prods ?

K. Oui. Sur trois ou quatre titres, ils n’ont pas fait que me donner l’instru, ils m’ont aussi donné la mélodie parce qu’ils l’oreille. C’est normal, je pense que tous les beatmakers quand ils font une instru, ils ont forcément la mélodie dans la tête. Après, c’est à moi de choisir. Si elle me plaît, je la prends, si elle ne me plaît pas, je ne prends pas. On a surtout fait ça sur les titres où je me suis testé au vocoder. Ils me donnaient la mélodie et je travaillais dessus en écriture. Pour certains, ils m’ont aussi donné des idées.

Il y a beaucoup de punchlines dans ton écriture…

K.: C’est vrai, mais je ne fais pas de la punchline pour faire de la punchline. Parfois, certains font plein de rimes, mais ça ne veut rien dire. Tous mes textes veulent dire quelque chose. Même si 90% de ce que je fais est de l’egotrip, tu ne peux pas retirer une phrase sans que cela change le sens du texte. Et cette phrase n’est pas interchangeable, elle ne peut pas aller dans un autre texte, ce serait chelou. Il faut qu’il y ait un sens, on ne fait pas n’importe comment. Sinon, j’écris généralement dans la voiture. Je tourne avec le son, j’écoute, je tourne, je tourne, j’écoute beaucoup, je me pose dans un coin sombre, je me roule mon pilon et j’écris mon texte. Sinon, c’est chez moi, devant l’ordi. Mais je n’arrive pas à écrire en tournée ou entre les dates, je ne sais pas faire ça. Il faut que je sois au calme pour écrire.

Tu écris toujours avec la musique ?

K.:Avant j’écrivais sans l’instru. Je pense que ça s’entend quand on écoute mes premiers morceaux, que ça soit dans «43e bima» ou bien dans les mixtapes que j’ai faites avant. Mais maintenant j’écris avec la musique. C’est quelque chose que j’ai appris à faire tout seul. Et c’est mieux, parce que quand tu écris sans l’instru, il faut s’ajuster et c’est relou parce qu’il faut couper les mots par exemple.

On sent effectivement que le texte et la musique sont en symbiose…

K.:Je pense que c’est ce qui fait que le public aime un morceau. Son harmonie. Il faut que tout soit bien collé, que tout aille ensemble. En tout cas, j’essaye d’écrire sur la musique pour cette raison.

Un thème revient souvent, celui des rêves, et l’importance d’aller au bout. Est-ce que c’est une notion importante pour toi?

K.: Oui, parce que j’ai galéré dans la vie. Je vais pas te mentir, je ne suis pas un mec de Sarajevo mais quand même. Je suis dans le quartier, je vis ma petite vie comme tout le monde, normal. Mais c’est plutôt au niveau de la musique que j’ai galéré. J’ai un parcours différent de celui des autres, en tout cas différent de ceux qui arrivent en même temps que moi. Ça fait 13 piges que je rappe et ça a été très difficile. J’ai tout connu, j’ai tout rencontré… J’ai connu de tout, mais surtout des gens qui me disaient «laisse tomber, tu vas pas y arriver», «c’est pas pour toi», etc., bref, j’ai tout entendu. Si je les avais écouté, j’aurais pu arrêter il y a cinq ans de ça. Mais il y a toujours eu des gens dans mon entourage qui m’ont dit «continue, on ne sait jamais». Je ne sais pas pourquoi c’est arrivé aujourd’hui et pas plus tôt… Si j’avais sorti un CD il y a trois ou quatre ans, peut-être que je serais déjà obsolète. Tant mieux que ça se passe aujourd’hui.

Dans tes textes, il y a de la violence et beaucoup d’agressivité. Pourtant, tu as l’air d’être une personne calme. Alors est-ce que c’est une question d’environnement, d’ambiance?

K.: Comment ça je suis quelqu’un de calme, tu veux que je te saute dessus (rires)? La violence, c’est la vie… elle est dure. Je n’ai pas inventé la violence et ce n’est pas de ma faute s’il y en a. Si tu te lèves pour faire un braquo, t’écoutes pas du Kaaris avant. Tu peux peut-être le faire, mais la plupart des gens qui sont dans des trucs vraiment chauds, ils écoutent La Traviata de je ne sais pas qui (ndlr: Giuseppe Verdi). Donc mon rap n’y est pour rien. Il est violent parce que c’est comme ça dans ma tête. Ça a peut-être un rapport avec mon parcours, les événements qui ont eu lieu dans ma vie, les cicatrices que j’ai sur mon visage… Je ne sais pas. C’est ce que je sais faire. Je ne sais rien faire d’autre. Mais attention, il y a toujours un message. Après, chacun lit et comprend mes textes comme il veut, mais il y a toujours un sens. C’est vrai que c’est toujours sombre. Et parfois il y a de la violence, du sexe, des grosses voitures… la vie, quoi, tout ce que les jeunes aiment. Moi c’est ce que j’aime personnellement. Je ne vais pas rapper un autre truc pour faire plaisir à quelqu’un, j’en ai rien à foutre…

Est-ce qu’après 13 ans de galère, tu ressens une envie de revanche, celle de montrer aux gens ce que tu sais faire maintenant que tu es sorti de l’ombre?

K.: Oui. Il faut que je montre. J’ai mis du temps à sortir, et si j’ai mis tout ce temps ce n’est pas pour arriver avec des trucs pourris, donc il faut que je frappe fort. C’est tout le temps mon objectif. C’est mon défi à moi et quand je regarde les autres je me dis qu’il faut que je sois aussi bon, sinon meilleur. Mais quoi qu’il en soit j’essaye de faire de mon mieux à chaque fois. C’est ce qu’on a fait avec l’album. On a bien travaillé dans de bonnes conditions, même si on n’a pas les mêmes armes que tout le monde. Par exemple, on ne tourne pas en radio dix fois par jour, mais ce qu’on a, c’est déjà pas mal. Et puis la rue est d’accord avec ce qu’on fait.

On a l’impression que ton album est le plus attendu de la rentrée. Plus que celui de Rohff ou la réédition de Booba…

K.: J’espère en tout cas! Si c’est l’album le plus attendu, tant mieux, parce que c’est ce que je souhaite. J’espère même vendre plus qu’eux. Après, je ne me fais pas de films. C’est un premier album, alors qu’eux ont déjà un public qui fait que même si le disque ne sera pas forcément bon, ils l’achèteront quand même. Moi, j’ai pas encore ce public-là, je ne me fais pas de films.

Est-ce que tu ressens un peu plus de pression maintenant que tu es attendu?

K.: C’est vrai qu’il y a un peu plus de monde maintenant. Mais non, il n’y a pas de pression. L’album est bon, je n’ai pas peur de décevoir qui que ce soit. On a fait ce qu’il fallait. Après c’est sûr que je recherche un peu de reconnaissance, mais ce qui me préoccupe le plus, ce sont les chiffres, que les gens aillent l’acheter. Et sur les chiffres, je n’ai aucun pouvoir. J’espère faire un bon score, malgré les téléchargements illégaux, c’est tout ce qui compte. Quoiqu’il arrive on fera un deuxième album. Mais s’il y a un bon score, on sera bien assis.

Et l’avenir, ça va être comment pour toi?

K.:On est déjà sur le deuxième album, on prépare la tournée et on va défendre l’album. Pour l’instant, c’est tout.