Kool Shen : Mon prochain album sortira au printemps 2015 (INTERVIEW)

30 septembre 2014 Article lu 21 983 fois
Kool Shen : Mon prochain album sortira au printemps 2015 (INTERVIEW)

Kool Shen , la face sombre de NTM va revenir avec un troisième album solo au printemps prochain après “Dernier Round” en 2004 et “Crise de conscience” en 2009. C’est au détour d’un tournoi de poker Winamax, chez qui Bruno Lopes officie, que ce monument du rap français nous parle du passé, du futur, mais aussi de deux Patrick : Bruel et Dewaere.
En mai dernier, on apprend qu’une compilation de reprises en hommage à NTM pourrait sortir en 2014 avec Jenifer, Brigitte ou encore Zaho sous le titre de “Génération NTM”. Finalement le projet a été abandonné. Ça te rassure ?

A la base, je n’étais pas trop pour, mais on les a laissés faire. De ce qu’on a pu écouter, il y avait deux ou trois trucs pas mal… Mais au final ça ne le faisait pas vraiment… Donc tant mieux, si le projet s’est arrêté là. De toute manière, nous n’avions jamais été impliqués.

Vous n’avez pas été consultés ?

Pas une seconde, non. C’est une maison de disque (Play-On) qui avait lancé ce projet. Le projet était très vague. Et finalement, ça n’a rien donné.

Et le morceau de Brigitte, la reprise de “Ma Benz” en 2009 ?

Il avait été fait sans notre autorisation. Mais on l’avait quand même trouvé bien.

Vous auriez préféré être sondés avant ? Comment avez-vous pris le fait qu’on touche à l’un de vos morceaux ?

Non, c’était pas très grave en soi. Joey a même chanté avec les Brigitte. Je ne partage pas spécialement leur univers mais je trouvais assez drôle ce qu’elles ont réussi à faire.

Tu prépares un troisième album en ce moment ?

Ouais ce n’est plus un secret [rires].

Ca te trottait dans la tête depuis longtemps ?

Un peu. C’est suite à un featuring avec Busta Flex au mois d’avril. Il prépare lui-aussi un projet. On a posé avec Kossity et Zoxea aussi. J’y suis allé et ça m’a plu de me retrouver une nouvelle fois en studio. Je me suis dit pourquoi pas. J’ai appelé des mecs qui m’ont envoyé des prods et je me suis mis à écrire.

Dans une interview à Libération en février dernier, tu parles d’un remix de “J’appuie sur la gâchette” qui t’a redonné envie de t’y mettre aussi, c’était pour quelle occasion ?

C’est à la même période. C’était sur le projet de cet album de reprises de NTM. Des meufs ont posé un super refrain pour “J’appuie sur la gâchette” qui n’en a pas à l’origine. J’ai reposé donc sur ce morceau mais sans rien changer. C’était au même moment que j’ai posé sur Busta, qui était finalement le vrai déclic, j’ai rattrapé le virus.

Joey Starr s’est exprimé dans le magazine Lui l’année dernière en déclarant que NTM était bel et bien fini. Il cite notamment un point important pour lui, votre rencontre à la Porte Maillot… [Joey Starr pense qu’un quatrième album de NTM doit être discuté alors que Kool Shen vient lui annoncer qu’il veut prendre du recul à cause de soucis personnels, ndlr]

Je ne l’avais pas lu ce papier, mais je connais son positionnement. Quand on a arrêté NTM, il était très triste. On n’a pas de contacts tous les deux depuis 2012. On avait fait un truc improvisé pour la sortie d’un jeu de foot. Il animait la soirée et moi j’étais invité. Quand je suis venu dire bonjour sur scène, notre Dj Naughty J à balancé un son, on a rappé une trentaine de minutes. Le public qui était là n’était pas du tout au courant, c’était assez sympa.

Ton album est prévu pour quand ?

Il devrait sortir au printemps 2015, mais je n’ai pas de deadline, il sera fini quand je serai prêt.

Les premiers morceaux arriveront bientôt ?

Oui, j’en ai 10 pour le moment, dont sept qui sont vraiment prêts. Mais que je garde pour l’instant, bien au chaud.

Revenons sur ton début de carrière et ta rencontre avec Joey Starr. Vous débutez en 1983 ?

On se connaît depuis plus longtemps encore, il est plus jeune que moi d’un an et tu sais ce que c’est, les sixièmes ne traînent pas avec les CM2 [rires]. Mais on se connaît de vue, il sait que je suis Bruno Lopes et je sais qu’il s’appelle Didier Morville. Mais on n’est pas spécialement potes. Puis le hip hop arrive, et on est les seuls à Saint-Denis à l’époque à tomber dedans. Et on se rapproche en 1983 oui.

A l’époque vous étiez à fond dans le graffiti et le break dance ?

Exactement, puis un peu plus tard, en 1988, on s’est mis à rapper.

Le rap, le graff, le break, il te manque juste le djing pour toucher à toutes les arcanes du hip hop en fait ?

J’ai même produits des sons [sur l’album 1993…j’appuie sur la gâchette, ndlr] mais je n’ai pas fait DJ. Même si j’ai touché un peu au matériel, ça ne restait que de la production.

Que reste-t-il de l’esprit hip hop aujourd’hui pour toi ?

C’est compliqué de comparer les époques, avant il n’y avait pas vraiment de business autour du hip hop.

On a l’impression que cet esprit du terrain vague de la Chapelle est loin…

Oui mais l’esprit du terrain vague de la Chapelle, c’est quoi ? On était des breakers à l’époque, on faisait du graffiti, on n’avait aucun avenir entre guillemets. On vivait notre passion à 500%. Il n’y avait pas d’histoires de disques, de carrières, etc. Les jeunes qui arrivent aujourd’hui n’ont pas connu ce temps-là. Quelque part ils appliquent les recettes de ceux qui les ont précédés, pas spécialement la recette des gens hip hop dans les années 90.

Le fait de ne pas avoir forcément d’ambition, ne pas savoir jusqu’où ça ira et de quoi demain sera fait : ce n’est pas le secret d’une certaine authenticité, dont NTM s’est longtemps réclamé ?

Bien sûr mais tu as des gens encore authentiques aujourd’hui qui ont gardé cet esprit hip hop, en essayant de faire des disques dans la droite lignée de ce qu’on faisait à l’époque. Après, il n’y a peut-être plus ce côté grande colonie de vacances à la Chapelle, sans argent et juste pour le fun, c’est normal. Ça ne pouvait pas être autrement.

Tu penses quoi de la nouvelle génération, tu écoutes certains trucs?

Pas totalement, je suis un peu largué de ce qui sort aujourd’hui.

Tu n’écoutes plus de musique ?

Si, évidemment [rires]. Mais je n’écoute plus trop de rap. Un peu d’américain à la rigueur, le dernier album d’Eminem que j’ai bien kiffé. Pas pour le côté electro mais vraiment sa technique, son flow, ce qu’il est capable de faire sur un beat… C’est toujours très impressionnant.

On entend souvent une phrase dans le rap, “c’était mieux avant”. Tu y adhères ?

J’ai horreur de cette phrase, elle ne veut rien dire. Nos parents disaient la même chose. C’est les vieux qui se sentent perdu qui disent que c’était mieux avant. Celui qui va l’affirmer en justifiant que les morceaux étaient mieux écrits… Il n’a pas tort au fond, s’il préférait vraiment l’écriture des textes. Mais moi, je n’ai pas envie de passer pour un vieux ringard à tenir ce discours. Ça a changé oui, bien sûr. On va pas reprendre des profs de Mobb Deep ou DJ Premier, c’est sympa mais c’était il y a vingt ans. Ça me fait toujours plaisir de le réécouter, mais le son a changé, c’est autre chose maintenant. Les albums de rap sont moins intemporels aujourd’hui. Par exemple, le premier album d’Oxmo [Opéra Puccino en 1998], tu peux le réécouter aujourd’hui, il n’a pas pris une ride.

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Il n’y a plus de classiques aujourd’hui ?

Plus tellement non, ça passe plus tellement par l’écriture, mais plus par la forme. Tout est plus jetable aujourd’hui.

Le dernier classique à tes yeux ?

[Il réfléchit] A mon tour de briller, le premier album de Zoxea, que j’ai vraiment aimé.

Tu l’as aidé pour cet album ?

Il avait un talent de flow, d’originalité. Il venait d’un univers que je ne pratiquais pas du tout. Il était un peu barré. Il avait une facilité d’écriture, c’était un mec super productif. Capable d’enregistrer des morceaux à la chaîne, c’était impressionnant.

Et Busta Flex, sur son album éponyme ?

C’est très différent avec Busta. Il était très libre dans son écriture. Je lui donnais mon avis sur le flow, sur le contenu, sur le choix des prods comme j’ai procédé avec Zoxea, avec Salif et comme Jeff le Nerf procède avec moi aujourd’hui. C’est un oeil extérieur, d’où tu donnes ton avis. Tu n’es pas tellement… Le choix final des gens, c’est le leur, pas le mien. Après sur ces choix, on peut les aiguiller.

Tu bosses depuis combien de temps avec Jeff le Nerf ?

On s’est rencontrés en 2001, sur une tournée. On a sympathisé et c’est devenu un ami très proche. C’est pas juste un mec avec qui je bosse, c’est vraiment un proche, d’un cercle restreint d’amis.

Tu parlais de Salif, tu ne trouves pas qu’avec le recul, il n’a pas eu la carrière qu’il méritait ?

Forcément oui. C’était juste un génie Salif, c’était trop fort ce qu’il a fait.

Que s’est-il passé selon toi ?

Peut-être a-t-il payé des choix artistiques qu’il a dû faire, assez différents de son premier album, que je trouvais juste génial. Je trouve qu’il a un peu perdu – et j’aime pas dire ça car c’est vraiment un pote – ce côté génial parce qu’il s’est rendu compte, en schématisant, que le génie ne payait pas toujours et que parfois il fallait faire un peu comme d’autres qui marchaient mieux.

Comme qui ?

Je ne sais pas s’il avait vraiment des modèles, mais à un moment il a changé son style de rap oui. Il s’est rendu compte qu’il écrivait quatre fois mieux que les autres, qu’il était bien plus original, alors que d’autres racontait qu’ils vendaient 50 kg de shit, qu’ils avaient un calibre… Ça il savait le faire du pied gauche, après une nuit blanche si tu veux. Il t’en aurait fait 50 des albums si c’était pour dire ça.

Comment tu fais pour écrire aujourd’hui ? D’où vient l’inspiration ?

Je travaille différemment aujourd’hui, je cherche beaucoup plus de musicalité. On travaille beaucoup avec Jeff qui a la musicalité assez facile. Il va m’envoyer des sons, m’aider pour les choix de sons. Après l’écriture, elle n’a pas changé, sauf que tu essayes de ne pas te répéter. Et quelque part, l’orientation globale aujourd’hui, j’ai moins envie d’écrire des choses dites “profondes”. Pour dire des choses que les gens savent déjà. Tout le temps raconter qu’on se fait baiser, parce que l’Etat, etc. A un moment donné, tu n’as plus trop envie de le raconter.

Parce que tu l’as déjà fait, ou que tu n’a plus l’âge pour tenir ce discours ?

Peut-être, encore que avec l’âge justement, je pourrais être encore plus profond et pas dire juste “Aller à l’Elysée brûler les vieux”. Mais je ne suis pas parti dans ce côté très “social” sur cet album. Il y en aura évidemment, même quand je fais un freestyle, j’en parle. Mais j’avais envie de me faire plaisir pour résumer. Je prends les prods dont j’ai envie. D’ailleurs Jeff sert à ça, parfois je n’ose pas prendre telle ou telle prod mais lui m’encourage. Il me rassure en quelque sorte. Quand tu as suivi un même chemin depuis 15 ans, c’est bien que quelqu’un te dise, que tu peux faire autrement.

Il y a donc le rap, mais aussi le poker et le cinéma. Tu as des projets ciné ?

J’ai deux beaux films en préparation pour l’année prochaine, j’espère que ça continuera d’ailleurs.

Dans cette même interview à Libération, tu parles de Patrick Dewaere, tu appréciais quoi chez lui ?

Son authenticité. Un mec à fleur de peau. J’avais l’impression qu’il ne jouait pas, que c’était lui dans chacun de ses rôles. Après c’est une affinité. Je préférais Dewaere à Depardieu, même si l’autre c’est un monstre. Il a fini en se tirant une balle, je ne dis pas que c’est ça l’authenticité mais quand il avait des galères de vie, il allait au bout. C’est pas un exemple mais c’était fort.

Et le football, avec le recul, ce n’est pas un regret de ta carrière ?

Un petit peu si, je n’avais pas à réfléchir pour faire du foot. Avec le rap, il fallait que je réfléchisse.

Tu avais choisi le rap ?

J’ai fait une espèce d’erreur de carrière jeune, quand on m’a proposé des trucs dans le foot, qui pouvaient être intéressants. J’étais en cadets nationaux au Racing et je devais aller au centre de formation de Lens. J’ai fait un autre choix, je pensais que le centre de formation n’était pas obligatoire, ce qui n’est pas une connerie en soi. Mais j’ai rencontré le hip hop très tôt, j’ai vite découvert le hip hop, je breakais dans la rue. J’étais gamin, c’était la vie quoi. Le foot, c’était bien, c’était ma passion numéro un.

Et joueur de poker, tu as commencé quand ?

Je joue depuis que je suis très jeune, déjà à 14-15 ans le poker fermé, sans argent. A la cité, pour rigoler. J’ai arrêté le poker mais pas les cartes, la belote, etc. Avec mes potes et ma famille beaucoup. J’ai vu Patrick Bruel à la télé commenter le poker en 2006, 2007, je comprends vite les règles, pas encore le jeu vraiment. Je m’y suis beaucoup intéressé. J’ai découvert le hold’em en casino. Puis je me mets à jouer online. Aujourd’hui, je joue chez Winamax et c’est top.

Tu arrives à gérer ton temps, avec l’album ?

C’est récent aussi, ces quatre dernières années, il n’y avait pas d’album, pas de cinéma, j’étais joueur de poker à plein temps. J’ai rencontré Stéphane Albertini auprès duquel j’ai beaucoup appris. Un des meilleurs du monde. C’est devenu un ami très proche. Il m’a fait cadeau de son savoir. Tu ne deviens pas un génie du poker tout seul. Il faut s’intéresser.

Tu peux nous raconter la genèse de “Dernier Round” avec Oxmo Puccino ?

Un coup de fil à Oxmo, rien de magique. Ça fait très longtemps que je voulais bosser avec lui, dans toutes mes interviews je le répétais, que je voulais bosser avec Ox. Il sait que je l’aime bien. On avait même bossé avant sur Un flingue et des roses, un morceau de fou aussi. Ça s’est fait naturellement, je lui avait donné le thème, il a écrit en studio et on a posé.

Ça signifiait quoi cette notion de “dernier round” à l’époque pour toi?

Pour moi, c’était le Dernier Round, il fallait être à bloc jusqu’à la fin, jusqu’au dernier morceau. Ça devait être mon dernier album à la base [sourire].

Comme quoi, le dernier round n’est pas arrivé aujourd’hui…

Et non, on dit des conneries des fois que veux-tu [rires]. Mais je pense que cette fois, ça risque bien d’être le dernier. J’en suis très content, je ne sais pas si je dis ça pour tous les projets. Je suis content car j’ai réussi à faire des trucs que je pensais ne pas savoir faire, c’est ce qui m’intéresse. En gros, je m’en fiche. J’ai pas envie de me prendre des cailloux bien sûr mais je me suis fait plaisir cette fois, c’est pas grave. Si on me dit que j’aurais dû rester chez moi, j’assumerai. J’ai pris énormément de plaisir à retourner en studio.

par Julien Rebucci

Source : http://www.lesinrocks.com/2014/09/28/musique/kool-shen-11526738/